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#1 04-05-2008 20:08:58

ben
Invité

contrat social

Voici le sujet de ma dissertation " Le contrat social est-il nécessaire pour avoir une société juste?"

je dois faire une thèse antithèse et synthèse, mais je suis bloqué a l'antithèse. quel genre d'argument dirait que se n'ait pas nécessaire?

merci d'avance

#2 05-05-2008 11:44:32

François
Invité

Re: contrat social

Bonjour,

On peut critiquer le contrat social sur plusieurs points.
Tout d'abord, comme Marx l'a souligné, le contrat social
comme le présente Rousseau est en réalité toujours un
contrat léonin, c'est-à-dire un faux contrat, puisque
les différents contractants ne sont pas à égalité.
En effet, il n'y a pas égalité économique des différentes
personnes opérant le contrat. Par conséquent, c'est celui
qui est en position de force qui impose sa conception
du contrat social, et qui le formule donc à son avantage.
L'égalité ne se construit effectivement pas uniquement
en droit, et il existe plusieurs autres inégalités qui
peuvent rendre caduques le contrat social. Par exemple
les inégalités de nature (la force, l'intelligence) mais
également différentes inégalités que Bourdieu s'efforcera
de mettre en avant dans ses analyses sociologiques.
Bourdieu explique ainsi qu'outre le droit, les individus
se distingue en fonction de 4 capitaux de base dont ils
bénéficient à la naissance: le capital économique (déjà
analysé par Marx), le capital culturel (l'accès au savoir
dont on bénéficie dans le cadre familial, ce que nos
parents vont nous léguer comme maîtrise de la langue
savante etc.), le capital relationnel (les accès que nous
possédons au sein de notre famille pour accéder à des
réseaux de pouvoir, à des "gens influents" ) et le capital
symbolique (« l’honorabilité », « le prestige »,
« le crédit », « l’honneur », « la réputation » etc.)
Ces différents capitaux combinés exercent sur ceux qui
en sont le moins pourvus une "violence symbolique", une
violence tacite qui fait son effet sans que l'on s'en
rende compte, et d'une telle manière que même la victime
y consent (parce qu'elle reconnaît que l'autre dispose
de plus de ces "capitaux", même si elle n'en est pas
consciente). Dès lors, un contrat social édicté sur de
telles bases peut se transformer en la pire des injustices,
puisqu'il favorise celui qui a le plus de capitaux,
sans que personne ne se rende compte de l'inégalité
existente. Il inscrit donc l'inégalité dans le droit,
mais en filigrane, sans que personne n'en soit conscient.
La dictature de la classe dominante s'instille donc dans
les valeurs de tous les membres de la société qui la
reconnaissent comme "juste", alors qu'en réalité, il
n'est pas prouvé qu'elle le soit.
Mais ce n'est pas le seul problème que pose la notion
de "contrat social". Si l'on se réfère à la théorie
du contrat social selon Rousseau, ce contrat stipule
que "la volonté de tous" doit s'effacer devant la
"volonté générale". La volonté de tous, c'est la somme
des volontés individuelles. La volonté générale, c'est,
grosso modo, ce qui serait bon pour l'ensemble de
la communauté et à quoi tous doivent consentir, même
si cela contredit leur intérêt individuel. On comprend
que ce n'est pas la même chose, car dans la "volonté de
tous", l'individu a encore une existence forte et le
but de chaque individu est de tirer la couverture de son
côté. Dans la "volonté générale", l'individu doit se
dissoudre dans la communauté, il doit être pour la société
ce que la fourmi est pour la fourmilière et doit laisser
de côté son intérêt personnel. Autant dire qu'il s'agit
là de la base concrète pour forger le totalitarisme:
faire en sorte que l'existence individuelle soit réduite
à néant au profit d'une communauté abstraite. Inutile de
préciser que cela est plus que problématique. Les
conséquences de cela sont d'ailleurs déjà présente dans
le "contrat social" qu'écrit Rousseau: l'auteur y précise
que celui qui ne croit pas en Dieu doit être condamné
à mort parce que la société ne peut pas lui faire confiance
(en effet, pour asservir quelqu'un à une idée abstraite,
il est généralement nécessaire qu'il ait peur de ce qui
va lui arriver après la mort, et sans Dieu, pas de châtiment
divin possible, pas de paradis, pas d'enfer).
On pourrait ainsi conclure en exposant que le "contrat social"
est une belle mythologie, mais qu'il ne représente qu'une
utopie qui n'a aucune prise sur le monde réel. Il est
d'ailleurs purement fictif puisque personne n'a jamais
pu assister à ce contrat social. Les auteurs qui le présentent
comme une évidence postule toujours qu'il a soit "déjà eu
lieu" quelque part où il ne reste aucun témoin, soit qu'il
est implicite dès lors qu'on naît dans une société (mais
alors il est profondément injuste, car on ne peut faire
un contrat avec quelqu'un sans que celui-ci nous ait demandé
notre avis), soit qu'il aura peut-être lieu un jour quelque
part (mais d'ici là, beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts).
On peut cependant considérer qu'il représente une forme
d'absolu dont il faut se rapprocher (le fait que la société
doit être fondée sur un accord des différents individus
vers un idéal commun) mais qu'il devient un véritable
terrorisme d'Etat dès lors qu'il se revendique d'une existence
réelle.

Vous trouverez un corrigé de ce sujet à cette adresse:
http://www.devoir2philo.com/dissertations/105802.htm

Bon travail,
François

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